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Prie,mère pour que j’échappe à la furie de la mer

Posté par: Alassane Niang| Jeudi 27 octobre, 2016 09:10  | Consulté 193 fois  |  0 Réactions  |   

Mère, je n'ai pas voulu te réveiller, tes larmes m'auraient forcé à rester, sentir ta peine me supplier de renoncer à un départ qui était inéluctable. À cette heure, je ressens tes angoisses, tes inquiétudes de me voir loin. Je sens cette peur qui t'envahit du seul fait d'entendre le son agressif des vagues échouées sur les rocs de pierres. Je ne pouvais attendre, je devais partir, partir, en espérant un jour revenir vite si la mort ne me prend pas. Être un homme n'est pas pour moi de tout repos. Il a fallu que Père nous quitte, que le monde s'écroule, que je retrousse les manches en vain. Ta fermeté à m'exhorter à continuer les études et ton endurance à faire face à cette forte misère qui règne sans que je ne puisse rien faire moi, ce grand gaillard, me pinçait au plus profond de mon cœur. Aux fur et à mesures que les années passaient, le temps m'a montré la cruauté de la vie.

Te voir, vieillir, sentir tes forces te lâcher, la maladie qui te guettait à moindre occasion sans que je ne puisse rien y faire, n'a fait que renforcer cette culpabilité qui hantait chaque nuit, ma pauvre conscience. La recherche effrénée d'emploi sans succès et ce va et viens lassant que tu faisais entre les marchés Sindika et Rufisque , tes petits commerces qui nous permettaient de vivre m'a conforté dans l'idée de me lever et de partir chercher ailleurs ou je pourrais trouver de quoi te donner ce repos que tu mérites, t'amener à la Mecque, me marier et te donner cet enfant qui t'appellera à chaque fois que tu voudras , grand-mère.

Les dernières paroles que Pére m'avaient dit avant de nous quitter "veilles sur tes sœurs , ne les laisse jamais tomber, tu es maintenant l'homme de la maison et surtout prends soin de ta mère, mon grand". Cette phrase résonne encore dans mes oreilles comme un rappel à chaque réveil de grâce matinée, elle me sermonne de me ressaisir, mais ces portes qui se ferment n'auguraient rien de bon, ce qui m'a poussé à partie. Habib m'envoyait souvent des cartes postales qui montraient que là-bas l'espoir était permis. Ces cartes postales et ces photos soignées m'ont permis souvent de m'envoler dans mes rêves les plus fous. Si je pars aujourd'hui ce n'est pour rester, mais de revenir, je suis parti pour vous combler, vous donner ce que vous méritez : le bonheur, l'un de mes souhaits les plus ardents que je voudrais vous offrir.
Je te demande mère de me pardonner, de prier à chaque fois que tu égrènes ce chapelet, je reviendrais, je vous aime tous.

Hommage, aux mères, sœurs et épouses qui ont perdu leurs proches dans la haute mer.

 L'auteur  Alassane Niang
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Alassane Niang
Blog crée le 24/05/2016 Visité 175943 fois 85 Articles 1840 Commentaires 13 Abonnés

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