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Matar, le dépité du peuple.

Posté par: Alassane Niang| Mercredi 23 novembre, 2016 14:11  | Consulté 231 fois  |  0 Réactions  |   

Je voyais en Matar un leader naît, je le voyais dans ces mouvements de jeunes contestaient sur tout ce qui bouge, il était un anti-système à la limite révolutionnaire. JE l'avais aussi remarqué dans les mouvements de navetaane , il était pour la non-violence et aimait animer l'ASC. je m'étais alors décidé à le soutenir d'autant plus que les élections législatives pointaient déjà à l'horizon, il pouvait être un bon député qui pourrait nous représenter dignement, nous cette ville délaissée sur tout et considérée comme une vieille ville qui attendait sa mort prochaine. Lors de notre première rencontre, il m’avait ébloui tant par son charisme et son intégrité surtout dans ses réflexions et ce qu'il voulait faire. J'étais subitement séduit par tant de maturité surtout à son âge. je croyais déjà que l’on venait de nous descendre notre sauveur, qui défendra sa ville au prix de sa vie. Il m’arrivait de me battre, disputer à cause de lui dans les grands-places, de porter des chaises pour les réunions, et même de promettre mon quartier la lune. Je l’avais amené partout, au Fouta , Kolda , Tambacounda et même à Joal . Je l’avais présenté charlatan, saint, marabout, et même prêtre pour qu’il soit béni et protégé contre les mauvais esprits.Comme il ne travaillait pas, il m’arrivait de ponctionner mon salaire pour garantir ces exigences d’une vie de politicien, cela en valait la peine pour une ville qui m’a tout donnée et surtout d’aider un jeune frère ambitieux. Il me disait d’ailleurs :
-Tu sais Alou ,tu es comme un frère pour moi si je suis élu, je ferai ce que tu voudras.
Je lui rétorquai de ne pas faire ce que je veux, mais de défendre l’intérêt de sa ville qui était en train de mourir. Moi, je n’ai besoin de rien venant de lui, trahir cette ville et l’espoir que sa population plaçait en lui équivaudrait à me trahir. Il me rassura qu’il sera notre Thomas Sankara , je le croyais. Nous avions sillonné quartier par quartier, rencontré les imams et les notables et les associations de jeunes qui étaient toujours difficiles à convaincre. Nous avons réussi à regrouper au tour de lui toutes les couches de la population, et les élections nous avaient permis d'apprécier cet excellent travail que nous avions accompli. Je le voyais crier :
– Nous avons gagné, nous avons gagné ! 
Avec une telle ferveur, recevant les félicitations de tous et les griots venaient avec leurs tam-tams, transformant le siège en Tanneber, ils disaient :
-waw waw Matar sa ligueyou ndeye la !
Et lui était fier bombant le torse, levant sa main en signe de victoire.
Et je me disais que bref laissons jeunesse se faire, comme il était jeune ce n’était pas grave. Depuis cette festivité qui ressemblait plus à une nuit de triomphe qu'une longue lutte qui commençait. Je n’ai plus revu Matar, j’appelle son téléphone, c'est sur boite vocale, sa maison, il l’a quitté depuis cette nuit, laissant sa grande mère seule avec sa tante qui se sont occupées de lui. Récemment, je le voyais à la télé pour une séance de plénière à l'Assemblée nationale, il n’avait même pas fait mention de nos difficultés, l’inondation qui nous assaillaient. Depuis ce jour, je me suis dit :-Mais qu’est-ce que j’ai fait !
On m’appelle croyant que je sais où Mactar se trouve, on m' insulte croyant que je suis de mèche avec lui, j’ai peur même de passer dans les quartiers cahoteux, sablonneux pour éviter de rencontrer les personnes à qui on promettait route et pavage, j’ai peur de passer près des terrains de foot pour éviter que les jeunes m’interpellent sur les lots de maillots que l’on les avait promis, j’ai peur de passer dans ce quartier ou les lampadaires ne sont plus allumés si j’y passe et que je sois agressé, je serais alors le grand perdant.

 L'auteur  Alassane Niang
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Alassane Niang
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