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A la mémoire des pécheurs de Guet Ndaar

Posté par: Alassane Niang| Mercredi 31 janvier, 2018 09:01  | Consulté 405 fois  |  0 Réactions  |   

J'ai quitté chez moi à l'aube pour rallier les plages de Guet Ndar ,moi qui étais victime de mon premier amour, la mer, je partis le rejoindre pour qu'elle m'offrît ce qu'elle avait de plus précieuse, Ces Thiofs devenus rares, ces dorades et ces mérous que je vendais pour offrir à ma chère épouse ces plus belles parures, ces tissus de Bazin riches et ces Waxx qui l'élevait aux dessus des belles-dames qui défilaient l’après-midi dans les rues de Ndaar. Par ce que les temps avaient changé, que j’errais au large de l'océan à la recherche de petites sardinelles, prêtes "au pépéshou" soupe à la sardinelle, bon plat pour les pauvres. Depuis une semaine, la pleine lune nous guidait, le bruit des marmites et les chants timides de mes frères nous donnaient la force de continuer, et Ndiaga de temps en temps nous égayer de ces talents de comédien. L'espoir de nouvelle prise se dissipait au fur et à mesure qu’on avançait, que des sardines encore ces sardines et ces foutus Pans-Pans de bateaux chinois, russes et européens qui ne laissaient rien échapper de leurs filets voraces. Nos filets mono-filaments interdites depuis, nous permettaient de ramasser les miettes laissées par ces monstres, un petit crime contre les petites espèces, un petit crime dont nous ne saurions être coupables, c'est notre gagne-pain. Après avoir tourné en rond sans rien prendre dans nos filets, le peu de sardinelles que nous avons eu, nous a maintenues en vie. Ma femme qui était à son 8 éme mois de grossesse, ne pourrait m'accueillir sans que je ne puisse rien faire, les médicaments, l'accouchement, ma vieille mère malade avaient fini par me donner le mal de mer, fait insolite. Nous décidâmes, après une longue discussion, de virer au Nord sur les côtes mauritaniennes, une zone que nous avions déjà visité avec ces eaux poissonneuses , nous partîmes donc malgré ce brouillard qui nous envahissaient de frayeur et ce temps triste qui présageait un deuil certain, arrivé dans les eaux mauritaniennes, nous commençâmes à pécher, la gaieté se voyait dans nos visages à la vue de ces espadons, ces capitaines graisseuses et dodues qui sautillaient, Ndiaga gaie, entonnait ces chant en l’honneur des veillées de Mame Coumba Bang, une courte trêve et des réjouissement brefs, interrompus par une détonation, Ndiaga qui s'activait à tirer les filets, tomba comme un statut dans les eaux, flottant dans l’eau , son sang giclait et se mariait aux eaux d’une mer déchaînée, nous n'eûmes pas le temps de nous ressaisir que les rafales pleuvèrent,, nous tombâmes , les uns et autres entre la barque et les eaux, c'étaient les gardes côtes mauritaniennes qui nous avaient repérées, elles nous encerclaient et tiraient ,affolés malgré tant de violence , nous savions en âme et conscience que nous étions donc dans les eaux interdites de pêche.

Pendant ces 3 minutes qui me restaient à vivre, je m’étais mis à penser à cet enfant qui naîtra sans moi, qui demandera à sa mère, ou se trouve son père, à la souffrance de ma chère mère qui agonisera du vide que j'aurais laissé et de mon épouse qui ne s'en remettra pas, veuve qui fera face à tant de tentations d’une ville difficile, je pensais à le cimetière paisible de THiaka Ndiaye que je ne goûterai pas, près des rivages, j'aurais aimé y être enterré comme tout bon Lébou .

À ces pensées confuses, je tombais, flottant dans les eaux, les yeux au ciel, je voyais ces aigrettes gazelles, ces albatros et ces pétrels qui volaient aux dessus de moi, ils me hurlaient et me chahutaient avec véhémence de les avoir piquées leurs petits desserts de sardinelles, j’étais sûr que leurs courroux se déchargeront sur mon corps qui ne s’échouera pas dans les rivages de la Barbarie.

 L'auteur  Alassane Niang
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